Témoignages d'éducatrices et éducateurs

 

Intéressé par les témoignages d'éducateurs:

  En maison maternelle

  Dans le secteur de l’aide aux personnes handicapées

  Dans le secteur de l'aide à la jeunesse (résidentiel)

  Dans un service d'aide en milieu ouvert

 Dans le milieu pénitentiaire

  Dans un centre d'orientation éducative

  Dans un service de prestations éducatives et philanthropiques

  Dans un service de proximité

  Dans des services de santé (soins psychiatriques, toxicomanie…)

 

 

 

 

Maison maternelle

Travail dans le groupe des femmes

Nous faisons partie du service animation au sein du foyer familial. Plus ou moins une fois par mois, nous organisons des soirées « dialogues » avec une personne du service social et les femmes accueillies. Nous apprenons ainsi à chacune à prendre la parole, à mettre des mots sur des événements du groupe. Nous les aidons à avoir une place. C’est le moment où nous pouvons gérer avec elles les conflits de leur groupe.

La régularité de ces soirées permet d’éviter l’escalade d’événements négatifs qui pourraient conduire à une vie de groupe insupportable.

Ce qui se passe, lors de ces soirées, nous permet de réfléchir en équipe. les outils utilisés peuvent amener à confirmer un bon fonctionnement, une bonne entraide entre les personnes hébergées et valoriser chacune dans sa façon d’être.

D’autre part, nous décodons parfois certains phénomènes de groupe qui peuvent être négatifs, voire destructifs au point d’empêcher les individus de vivre au sein du Foyer familial. Dans ce cas, nous intervenons rapidement et au mieux afin d’assainir l’ambiance pour permettre à chacune de retrouver une place.

Lors d’une de ces soirées, nous avons parlé de l’accueil dans le groupe. Certaines, plus anciennes, parlaient de l’arrivée de nouvelles personnes et les dernières venues parlaient de leurs impressions lors de leur hébergement au Foyer familial. Il y eut un très bon échange et la conclusion s’est faite avec la réalisation d’un panneau intitulé: « les 10 commandements du bon accueil! ». Elles l’ont affiché dans le réfectoire, lieu de vie communautaire.

Martine Gonze et Nadia Elaut

Foyer familial de charleroi

 

Maison maternelle

 

La gestion des conflits

Il faut aussi savoir, sinon c’est la « pétaudière », dédramatiser certains conflits nés au sein du groupe, suite au stress, à des bagarres, à l’abus de boissons alcoolisées...

Il est évident que ce n’est pas gagné d’avance. Si je sens la tension venir et que je veux la déconnecter, je le fais avec humour et en prenant l’hébergée la plus « rebelle » avec moi dans le bureau.

mais si on m’appelle quand la bagarre est déjà commencée, je laisse faire, car si je m’interpose, je risque des baffes « perdues » , elles se calmeraient pendant 5 minutes, puis cela reprendrait de plus belle. Donc, je regarde, mais je n’interviens pas physiquement.

Elles savent également que je ne soigne pas les dégâts, tout en leur procurant, à la rigueur, pansements, crème, éosine et calmant pour la tête... mais pas plus...

Je leur explique que je travaille avec des femmes, mais pas avec des « harpies ». Rares sont celles qui n’acceptent pas mon discours, du moins en ma présence.

Une éducatrice ayant 12 ans d’ancienneté.

 

 

 

Maison maternelle

 

L’accueil

Les soirées, nuits et week-ends, nous sommes maîtres à bord, ce qui peut être valorisant, car nous devons prendre des décisions rapides et  appropriées.

Lorsqu’une nouvelle résidente se présente, sans crier gare, il m’arrive d’être un peu prise au dépourvu. Il faut l’accueillir avec chaleur, être à l’écoute, tout en manipulant fardes, nécessaire de toilette, draps de lit...

L’accueil, c’est important car on peut déjà faire le tour de la situation, mettre la personne à l’aise, la déstresser.

Comme bien souvent elles arrivent dans « un état de crise », un café, un sourire, un peu d’humour met la maman plus en confiance et sécurité. Il est vrai qu’un bon accueil prend du temps, chose pas toujours facile quand on est seule. Or, il faut faire face et mener plusieurs actions simultanément comme: ouvrir la porte d’entrée, voir de qui il s’agit et l’orienter là où il doit aller (souvent le parloir) puisqu’en général, ce sont des visiteurs. Il n’est pas rare que d’autres résidentes, plus curieuses, viennent y mettre leur « grain de sel ». J’en profite alors pour leur demander d’aider la nouvelle à monter ses bagages (s’il y en a), puis le téléphone sonne (il faut répondre), un enfant s’échappe du living et vient jouer dans le bureau. Il faut le reconduire chez sa maman. Une autre maman vient demander du produit de nettoyage, une lavette, une éponge, du cif... Une autre signale qu’il n’y a plus de papier w.c. à la toilette.

Donc, tout en faisant l’accueil, il faut que je sois disponible, calme, souriante et non agitée (cela énerve). Il est nécessaire que je sois bien organisée.

Lorsque l’accueil proprement dit est fait, je lui montre sa chambre, lui explique le règlement, le fonctionnement de la maison. Je l’invite à venir choisir son repas (car souvent, elles n’a rien avec elle) et puis souvent je la stimule à le préparer, car vu le stress, elle n’a guère d’appétit.

Je continue ensuite à lui expliquer les lieux, le living où elle pourra cuisiner, manger, regarder la T.V. dans le coin salon, lessiver, repasser...

Si ces lieux ne conviennent pas, elle peut le faire dans sa chambre, à l’exception de la cuisine (sa chambre ne s’y prêtant pas). Les femmes peuvent toutes se faire un café, si bien entendu, elles possèdent un percolateur. Je les invite à organiser leur vie dans leur chambre du mieux qu’elles peuvent - garnitures - posters -plantes... où elles pourront se retirer dans un coin agréable pour la nuit et parfois des moments de la journée.

Une éducatrice ayant 18 années d’ancienneté

 

 

Maison Maternelle

 

Le travail d’accompagnement en maison maternelle  ( Monique DEWEZ et Pierre MANIL)

Avant d’en suggérer la portée, il convient d’en préciser les limites. Ainsi éviterons-nous l’énoncé d’un « projet pédagogique » utopique qui se prétendrait commun à toutes les maisons maternelles, ou permanent dans chacune d’entre elles. Plusieurs paramètres influencent les modalités du travail d’accompagnement dans chaque maison et lui impriment un style particulier.

 

  Le choix ou l’obligation de séjour.

En proportion variable, on dénombre des mineures, futures ou déjà mères, sous tutelle d’un S.P.J. ; des personnes sous guidance d’un S.A.J. ; des résidentes, enfin, indemnes de toute obligation et libres, donc, d’entrer et de quitter à leur gré, selon l’évaluation qu’elles font de leur situation. Le mandat de la maison maternelle, et corollairement, ses modes d’action, doivent s’ajuster à ces différents statuts.

  La durée de séjour.

De quelques jours à plusieurs mois, la durée du séjour est extrêmement variable. De plus, et sauf dérogation occasionnelle, elle ne peut excéder 9 mois. Il s’ensuit que la composition du groupe des résidentes est en perpétuel remaniement. Moins du tiers, souvent, de personnes présentes en début d’année se retrouvent en fin d’année. Si elle veut homogénéiser et stabiliser son effectif, une maison ne peut qu’opérer une sélection à l’accueil. En fonction de cette composition, certaines maisons instaurent une « pédagogie communautaire », d’autres personnalisent davantage les conditions de convivialité.

  Le poids des influences.

En franchissant le seuil, une personne importe une double influence sur son adaptation à la maison. La première tient aux réactions que son entourage manifeste à l’égard de son séjour. Elles vont de l’approbation à l’opposition, en passant par une gamme de nuances dont l’ambivalence est rarement absente.

La seconde se nourrit des représentations que la personne se fait des bénéfices qu’elle peut retirer de son séjour, échelonnés des plus utopiques aux plus réalistes.

Ce double système d’influences va largement moduler la portée des jeux et enjeux que la maison peu activer pour exercer une aide utile.

  L’environnement de la maison maternelle.

Selon son implantation, son contexte sociologique, sa structure architecturale, les ressources locales, les partenariats établis, chaque maison maternelle met en œuvre des moyens diversifiés, parfois spécifiques, pour mener à bien sa mission.

Quelles que soient les variantes propres à chaque maison, il semble possible de décrire au moins trois fonctions communes à toutes.

1. Fonction de protection.

Elles offrent un lieu de protection, répondant souvent à une réelle urgence. L'extrême misère matérielle et l'isolement social poussent de nombreuses mamans à franchir le seuil des maisons, par initiative personnelle ou sur le conseil d'un service social.

La mère et ses enfants reçoivent immédiatement un soutien sanitaire et psychologique.    

Se réfugier dans un lieu où l'on peut manger au chaud, dormir sans crainte et parler sans cris est certes élémentaire mais indispensable pour des personnes que l'insécurité mène à bout.

 

Prendre du temps pour restaurer sa santé et retrouver confiance sont des priorités.

Ultérieurement ces personnes tenteront de se réorienter vers une vie plus sécurisante pour elles et leurs enfants.

 

La maison, parce qu'elle est un espace privé, fournit une protection face aux manœuvres d'intimidation et aux menaces dont femmes et enfants sont parfois  les cibles.

 

Des jeunes femmes enceintes, certaines mineures, sont rejetées par leur famille parce que l'honneur est bafoué ou simplement parce que les charges pratiques et financières de la future naissance menacent une pauvreté déjà manifeste.

 

A celles qui ont ainsi perdu lieux et liens, les maisons offrent les moyens d'une pause d'autant plus indiquée qu'une grossesse est en cours ou qu'un ou des enfants les accompagnent.

 

Cette fonction de protection est encore plus décisive à l'égard des enfants, lorsqu'il s'avère que leur mère elle-même ne leur assure pas les soins élémentaires ou une présence affective sécurisante.    

                                                                                                                                                                                                                           

 

                                                                                                                                             

2. Fonction d'observation.

 

La Maison Maternelle fournit à l'enfant une protection immédiate et une insertion dans un environnement plus varié et chaleureux et elle entame également une observation soutenue des interactions au sein des familles.

 

Lorsque cette relation est  gratifiante et structurée, les travailleurs sociaux ont la satisfaction de la renforcer par une complicité bienveillante.

 

Lorsque la relation mère-enfant se révèle précaire, souffrante, voire destructrice, ils ont alors le souci de comprendre les dysfonctionnements et d'y remédier.

 

Cette perspective d'intervention, les Maisons Maternelles l'ont en commun avec les services ambulatoires, particulièrement avec les équipes SOS parents-enfants.

Mais, pour les situations les plus critiques, elles disposent du moyen supplémentaire que constitue la présence continue auprès du couple mère-enfant.

 

Les attitudes maternelles peuvent être observées, et les équipes peuvent discuter, analyser et modifier leurs stratégies d'intervention sur des périodes intensives; en effet, d'une part, le nombre des situations est limité, et d'autre part, la communication est facilitée par la présence permanente d'intervenants au contact immédiat des mêmes situations.

 

L'observation directe porte sur l'ensemble du vécu quotidien; citons entre autres:

  les séquences de gratification et d'irritation réciproques au sein des familles,

  les "tranches de vie personnelle"  choisies par la mère pour expliquer sa situation actuelle,

  l'évaluation qu'elle fait de ses atouts et ressources pour modifier sa situation,

  les pratiques concrètes de maternage appliquées aux besoins vitaux de l'enfant,

  la place que les parents s'assignent dans la constellation familiale élargie,

  les initiatives prises pour restaurer ou rompre les liens amoureux,

  les attitudes différenciées adoptées par la mère envers ses enfants et les autres enfants présents dans la maison,

  l'intensité des demandes exprimées par l'enfant et les modalités de réponse de la maman, - la conception plus ou moins adéquate que celle-ci se fait du développement de l'enfant,

  la répartition très variable des affinités et des répulsions entre résidentes, ainsi que les motifs qu'elles en donnent spontanément.

 

L'observation personnelle des travailleurs sociaux sert d'ingrédient à une réflexion collégiale qui permet un accompagnement de longue durée.

 

Au-delà de l'étiquetage global: "maltraitance-négligence-maladresse" se précise ainsi un portrait dynamique des relations intra-familiales, une évaluation de leur potentiel d'évolution et une estimation des risques de dégradation.

 

Notons que la place du père n'est nullement négligée et est incluse dans la démarche d'aide, bien évidemment, lorsque cela est possible.

                                                                                                                                             

 

3. Fonction d'intervention.

 

Le bilan continu réalisé grâce à une observation attentive sert de fondement à deux actions.

 

La première concerne la collaboration avec les services sociaux ou les instances judiciaires.  Au terme obligé du séjour (limité à 9 mois), les formes de tutelle qu'ils décideront d'exercer - ou de cesser- tiendront compte de l'avis circonstancié de la Maison Maternelle.

Il existe tout une gamme de modalités de suivis de nature matérielle, sociale ou psychologique, en fonction du diagnostic établi.

Dans les situations graves où la mère, malgré le soutien apporté, ne peut assurer auprès de l'enfant son rôle sécuritaire et éducatif, des palliatifs et des aides sont à installer, jusqu'à et y compris, confier l'enfant à d'autres accueils.

 

C'est la responsabilité d'une Maison Maternelle de collaborer à ces décisions... et l'on ne compte plus le nombre d'enfants dont le développement a été sauvegardé ou simplement la vie sauvée parce que le séjour en Maison Maternelle a interrompu un processus catastrophique.

Ce qui prouve, sans le moindre doute, que la Maison Maternelle exerce effectivement une prévention de première ligne.

 

La seconde action est interne. Durant le séjour, l'équipe d'accompagnement entreprend un ensemble de tâches profitables au développement de la famille

L'enfant, d'abord  bénéficie d'un suivi sanitaire intensif, bien utile quand on constate l'état de chétivité de certains. la découverte de symptômes particuliers (vision, audition, dentition, troubles psychosomatiques) détermine également des traitements spécialisés.

La fréquentation régulière d'une crèche ou de l'école gardienne, que souvent l'enfant découvre tardivement, favorise le développement socio-affectif.

L'organisation interne de la Maison Maternelle induit un rythme de vie régulier (repas, sommeil, déplacements, jeux). La présence d'autres adultes, mamans et animatrices, élargit le champ relationnel de l'enfant et de la maman.

 

La maman, quant à elle, est sollicitée à devenir partenaire de différentes démarches visant à consolider son statut personnel et son rôle maternel.

Démarches sociales et juridiques, d'abord, remise en ordre de dossiers administratifs: mutuelle, chômage, minimex, allocations familiales;  recherche d'un habitat ou d'un travail; aide et conseil dans les procédures de séparation, divorce ou garde d'enfants.

 

Ces démarches administratives constituent un apprentissage et ont une influence protectrice directe sur le destin de l'enfant.

                                                                                                                                           

Lorsque de toutes jeunes femmes, enceintes ou récemment accouchées, ont tout à apprendre de la vie ménagère et des soins de maternage, l'exemple d'autres mamans et l'impulsion de l'équipe d'animation constituent un écolage des plus utile.                                                        

Des solidarités spontanées ou organisées prennent alors le relais. On conviendra volontiers que, dans ces deux cas, les enfants sont les premiers bénéficiaires de cette sollicitude.

                                                                                                                                            

Enfin, grâce à la disponibilité permanente des travailleurs sociaux, la Maison Maternelle assure un accompagnement psychologique soutenu. Attentives à l'expression des souffrances, les animatrices ont à entendre les confidences les plus graves et les plus intimes.

Quand on constate que les mères les plus inadéquates ont été souvent elles-mêmes les enfants les plus malmenés, - on ne sait donner, dit-on, que ce qu'on a reçu - , on ne se contente plus d'attitudes simplement normatives. Si le poids de leur passé grève l'avenir de leurs enfants, on ne peut s'épargner, en priorité, de les aider à se reconstruire une image d'elles-mêmes, une identité, moins tourmentées. Les vouloir mères, avant qu'elles aient conscience de leur dignité de femmes, est une utopie.

Certaines, pour déclencher leur sollicitude à l'égard de leurs enfants, ont besoin de se sentir valorisées, pour la première fois de leur vie, parfois…

D'autres, aux prises avec la velléité de rompre un asservissement devenu insupportable, souhaitent être renforcées dans leur détermination.

 

Dans beaucoup de situations, critiques pour les enfants, la responsabilisation d'une mère passe par un processus d'émancipation de la femme qu'elle est d'abord. L’entrée en maison maternelle est souvent l’indice signalant qu’une femme ne trouve plus autour d’elle d’interlocuteur fiable dans cette recherche anxieuse d’identité.

 

Le séjour fournit l'occasion de restaurer des liens avec des personnes - les animatrices - habilitées à tout entendre, à dialoguer sur tout, depuis les misères les plus sordides jusqu'aux espoirs les plus fous.

Wanfercée-Baulet, le 25 janvier 2000.

 

 

 

 

 

Educateur dans le secteur de l’aide aux personnes handicapées

 

Centre de jour jeunes handicapés

 

"Ce qui est important pour une évolution positive, c'est le partenariat avec les parents et l'équipe éducative. Sans ces relais, notre travail serait nettement moins efficace..."

Carine, éducatrice à La Source de Soignies.

 

 

La position d'éducateur dans mon institution d’aide aux handicapés

 

En tant qu'éducatrice, je me sens inspirée, ce que je suis moins aujourd'hui, mais je vais malgré tout, tenter de vous expliquer ce que je ressens, ce que je vis et ce que je voudrais faire vivre à ces garçons avec lesquels je travaille.

Il est vrai que "mes gars" ne sont pas des handicapés profonds et que, grâce à la structure mise en place autour d’eux, ils mènent une vie quasi-normale (du moins, c'est ce que le centre veut leur apporter).

Je ne suis pas depuis très longtemps dans le profession, vous me trouverez donc, peut-être, utopiste, pleine d'espoirs et de beaux rêves, mais je vais tenter tout au long de ma carrière de garder cet "esprit-jeune". Ce que je redoute le plus, c'est de me sentir blasée, mais ce n'est pas dans mon caractère... alors...?

Un vague souvenir d'un cours de didactique me remonte en mémoire: les rôles des éducateurs dans le temps: moi, je m'étais positionnée dans la catégorie "éduc-scout-bénévole"!

Et, dans chaque travail que je réalise, j'en reviens toujours à ce côté "scout débrouillard".

Je suis une "touche à tout", de la broderie à la maçonnerie, en passant par... ce que vous voulez. C'est ça que mes gars apprécient, avec eux je fais tout, avec moi, ils font n'importe quoi.

Nous avons une recette magique:

   une bonne dose d’imagination;

   un carton plein de récupération;

   un soupçon de réflexion;

   un grand bol de bonne volonté;

   une cuiller de discussion;

   une pincée d’innovation;

   ...

Ajoutons-y-ce que nous voulons selon l'inspiration.

Mélangeons dans la bonne humeur et nous obtenons 13 gars heureux d'avoir créé quelque chose, d'avoir réalisé par eux-mêmes l'œuvre...

Pour moi, tant que je serais inspirée, je sais que je ferai du bon boulot. Tant que je regarderai mes gars avec un œil neuf, sans les juger, je sais que j'aimerai mon boulot;

Un vieux sage chinois a dit un jour: "Dans une journée, tout ce qui n'est pas donné est perdu"... et je n'ai rien à perdre, j'ai tout à leur donner car ils m'apportent tant. Dans leur regard, leur sourire, leurs mimiques... dans leur différence.. dans leurs cris, leurs larmes... dans ce qu'ils sont.

Des êtres humains capables de tant d'humanité!

Nadine Lebrun Centre de Rencontres de Montignies sur Roc

Adultes handicapés mentaux

 

Educateur dans le secteur de l’aide aux personnes handicapées

 

"Petit à petit, le travail de l'éducateur se modifie. Auparavant, il se situait plus au niveau du groupe et à l'intérieur du Bercail. Aujourd'hui il devient plus individuel et s'ouvre sur les familles, sur les centres de jour... Cette nouvelle façon de travailler nécessite une planification des éducateurs".

(Extrait du rapport d'activités 1994

 du Bercail, Liège)

 

Educateur dans le secteur de l’aide aux personnes handicapées

 

"L'esprit, l'accueil, le quotidien, nous avions l'impression de connaître... Et pourtant très vite, nous avons été confrontés au problème de la reconnaissance du corps, de la sexualité (...) Il est pour nous de première importance de reconnaître à chacun le droit au respect de son corps, de son intimité".

Ali Barkati et Dominique Cambron,

 éducateurs au Village n°1

 

 

Educateur dans le secteur de l’aide aux personnes handicapées

 

"Nous avons réalisé un déplacement au théâtre de "La Courte Echelle" à Liège. Une des marionnettes incarnait un personnage en voiturette. Drôle et émouvante, la saynète a amené beaucoup de réflexions chez les résidents."

P. Lefebure et M. Remacle, éducateurs

à la Pommeraie, Huy

 

 

Educateur dans le secteur de l’aide aux personnes handicapées

"Etre éducatrice"

Je travaille actuellement avec des enfants psychotiques de 8 à 10 ans.

 

Je pense que le métier d'éducateur est un équilibre à trouver au jour le jour avec ces enfants, selon les problèmes qui se présentent, leur état émotionnel du moment, selon leur humeur et la mienne (à essayer de verbaliser plutôt que de la projeter sur eux si elle est mauvaise).

 

Nous devons nous rendre compte que les comportements de ces enfants ne sont jamais que les symptômes de leur souffrance, pour nous permettre de les accompagner et de verbaliser cette souffrance.

 

A cela doit s'ajouter un cadre de vie structuré avec des limites, permettant ainsi le respect de chacun.

 

Je tiens à ajouter ici un élément essentiel du métier: l’éducateur doit avoir un très grand équilibre et pour ce faire, se remettre en question, suivre des formations adéquates et acquérir ainsi une plus grande compréhension des choses.

Annie D'Hainaut

 

 

 

Educateur dans le secteur de l’aide aux personnes handicapées

 

Le travail éducatif avec des caractériels

Contrairement à bon nombre de handicaps pris en charge par l’A.W.I.P.H., les troubles caractériels sont réversibles. Souvent, ils se traduisent par des problèmes de comportement associés à de graves troubles de la personnalité, voire même des souffrances qui relèvent de la pathologie mentale.

Un accompagnement pluridisciplinaire en service résidentiel peut aboutir à la suppression des manifestations qui ont conduit le jeune chez des spécialistes.

Elles s’apparentent aux manifestations de mal-être de l’adolescence. Non traitées, elles peuvent conduire les jeunes aux comportements de dépendance, à des décompensations ou à des dépressions masquées, à des accidents qui camouflent (mal) des tendances suicidaires, à des suicides.

 

La place de l’éducateur est centrale. Soutenu et guidé par une équipe pluridisciplinaire (psychiatre, psychothérapeute, assistant social...), il est par les gestes du quotidien celui qui véhicule le savoir être thérapeutique de tout un service.

 

Le(s) drame(s) originel(s) entre l’enfant et son milieu, graine des perturbations psychiques qui apparaissent aujourd’hui, se rejoue(ent) sans cesse dans la relation à l’éducateur spécialisé. Une relecture permanente de ce qui s’y déroule, permet à l’éducateur de cesser de reproduire la vieille histoire.

Les adolescents abandonniques de 15 ans, ont bien souvent plus de dix ans d’ancienneté dans « l’art » de se faire rejeter, alors que le plus souvent l’éducateur n’atteint pas les dix ans d’ancienneté.

Le succès de cet accompagnement difficile, tient beaucoup de la capacité de l’équipe de communiquer rapidement.

Une des forces de la pathologie caractérielle réside dans la puissance qu’elle développe à remettre en scène aujourd’hui les acteurs des scènes familiales de son enfance. Les équipes seront souvent piégées par cette dynamique toxique et puissante si elles n’y prennent garde. L’éducateur à l’avant scène du quotidien est souvent désigné dans les échecs (rarement dans les succès). Aussi, a-t-il besoin d’un accompagnement professionnel appelé supervision qui hélas, ni les pouvoirs organisateurs, ni les pouvoirs subsidiants ne sont prêts à soutenir.

Cette longue et patiente maturation affective du « caractériel » se fait dans le quotidien (les levers, les repas, les soirées, les achats de vêtements...), dans les ateliers qui peuvent être créés au sein de l’établissement (bibliothèque, club vélo, bodybuilding...) et lors de la réalisation d’activités extérieures (équitation, activités culturelles ou sportives). Une attention particulière est accordée à la scolarité, ce qui implique un suivi de la part de l’éducateur et des contacts avec les enseignants.

 

Chacune de ces rencontres est l’occasion pour le jeune d’expérimenter la confiance là où la méfiance faisait rempart contre la souffrance.

Pour l’éducateur, tout se passe comme s’il s’agissait d’amener progressivement le jeune à cesser de « distordre » les relations privilégiées qu’ils construisent ensemble.

En permettant de nouvelles expériences, l’éducateur devra aider le jeune à transférer ses succès dans les relations familiales, scolaires, vie sociale, travail...

Considérant souvent que le jeune est aussi le « porteur d’un symptôme » révélateur d’un problème familial, l’institution considère qu’un travail avec la famille est indispensable si l’on veut restaurer la relation souvent altérée entre le jeune et ses parents. L’éducateur participe aux rencontres avec la famille afin de répartir autrement les charges émotionnelles qui pèsent sur l’enfant ou l’adolescent caractériel.

La rencontre régulière de l’éducateur avec les enseignants permettra de soutenir ceux-ci face aux derniers assauts du caractériel qui n’a pas encore opté pour le succès.

Réussir cette approche nécessite la participation des éducateurs à de nombreuses réunions d’équipe. Il y est soutenu et y trouve le recul émotionnel indispensable qui lui permettra d’éviter les pièges que le jargon psychologique nomme « transfert et contre transfert ».

L’augmentation du temps réservé au travail d’équipe ne pourra éternellement grignoter le temps réservé à la rencontre quotidienne. Dans l’avenir, les éducateurs devront probablement négocier une répartition du temps de travail différente des autres secteurs.

Tout ce travail se fait en résidentiel, donc en groupe. Cette « caisse de résonance » (si on ne veut pas qu’elle explose) nécessite de la part de l’éducateur de solides compétences en gestion du groupe.

Enfin, le seuil d’excitation des caractériels étant plus bas que la normale (ils ont besoin d’activités plus « hard » pour se sentir vivre), exige de l’éducateur de mettre en oeuvre des activités à haut niveau d’excitation (techniques et sports d’aventure...).

Texte proposé par Luc Fouarge, groupement des I.M.P. 140

 

 

 

 

Educateur en service d'aide en milieu ouvert

 

Une jeune fille en fugue se présente au sein de notre service.

Elle ne supporte plus l'ambiance familiale et le manque de communication entre elle et ses parents.

Nous lui expliquons alors les principes de notre A.M.O. et le travail que nous pouvons effectuer avec elle. Nous lui proposons également de contacter ses parents dans le but de les rassurer, tout en respectant son choix de mentionner ou non l'endroit où elle se situe, ainsi que son envie ou non d'inviter ses parents.

Par ailleurs, quand la police nous appelle pour nous demander si cette fille est dans nos locaux, nous ne cherchons plus à nier sa présence au sein de notre service. Cependant, un contrat, devenu implicite, est établi entre nous et la police. Dans le but de respecter le rythme du jeune et tout en le responsabilisant, la police ne prend plus l'initiative d'informer les parents de l'endroit où se situe la jeune, c'est à la jeune à le faire.

Par contre, dans un souci d'anonymat et pour éviter une certaine méfiance de la part du jeune vis-à-vis de nous, nous ne demandons pas à communiquer les coordonnées exactes du jeune. Nous ne divulguons aucune information concernant les jeunes (à quiconque), sans leur accord, même si des personnes se présentes et se disent proches du jeune.

Un éducateur, AJMO à Charleroi, janvier 2000.

 

 

Educateur en service d'aide en milieu ouvert

 

Coup de fil: le permanent : « Service d’aide aux jeunes, bonjour ».

A l’autre bout du fil, une voix masculine explique que sa fille a disparu depuis la veille. Elle est certainement en fugue parce qu’ils ont quelques difficultés familiales pour l’instant. La police lui a dit qu’elle pourrait peut-être se trouver dans notre service.

Le permanent présente alors le service et lui explique qu’il ne peut pas lui dire si la jeune fille est là ou non, à cause du principe d’anonymat garanti au jeune. Ceci afin de le sécuriser par rapport à une éventuelle « dénonciation » du service et éviter ainsi qu’il ne reparte dans la rue, mais également pour le responsabiliser par rapport à ses actes. Nous travaillons à ce que le jeune prenne conscience que son « histoire » est liée à ses parents et qu’à un moment ou à un autre, il sera à nouveau amené à leur parler.

Le jeune décidera alors quand et où cela se fera. La plupart du temps, il contacte ses parents rapidement ou nous demande de le faire.

L’anonymat. ( par une éducatrice dans une A.M.O.)

 

Educateur en service d'aide en milieu ouvert

 

Une jeune fille de 14 ans arrive chez nous expliquant qu’elle ne veut plus rentrer chez ses parents: « Je ne veux plus les voir. La vie avec eux n’est plus possible ».

Deux permanents l’invitent à expliquer ce qui lui pose problème, ce qui fait qu’elle est partie, l’élément déclencheur.

De fil en aiguille, elle se rend compte qu’elle se sent délaissée par son père depuis l’arrivée de sa belle-mère. Elle a l’impression que son papa ne l’aime plus mais  finalement, elle n’a pas vraiment envie de quitter la maison.

Nous lui proposons une médiation avec les personnes concernées. Elle accepte et leur téléphone pour les inviter à venir.

Lors de cette rencontre, les uns et les autres pourront entendre leurs difficultés et leurs aspirations réciproques. Ils décideront finalement de reprendre la vie commune sur base d’un contrat proposé par la jeune fille et signé en notre présence. A leur demande, un rendez-vous est fixé. Ceci afin d’évaluer ensemble l’évolution de la situation.

En effet, une des missions de l’A.M.O. est de maintenir le jeune dans son milieu de vie lorsque cela est possible.

La médiation ( par une éducatrice dans une A.M.O.).

 

 

Educateur en service d'aide en milieu ouvert

 

 

 

Un jeune garçon de 16 ans s’adresse au service pour des difficultés relationnelles qu’il vit avec ses parents. Il semble inquiet de l’utilisation que l’on pourrait faire de ses confidences.

Dans la présentation du service que nous faisons au jeune, nous insistons sur la confidentialité que nous lui garantissons.

Ainsi, nous lui expliquons que ce qu’il nous dit lui appartient et que, quels que soient les contacts que nous puissions avoir avec d’autres personnes à son sujet, rien de ce qu’il nous confie ne sera dit sans son accord.

De même, s’il opte pour une médiation avec ses parents, nous travaillerons ensemble ce qu’il veut leur transmettre.

La confidentialité ( par une éducatrice dans une A.M.O.).

 

 

 

 

Educateur dans un centre d'orientation éducative

 

 

Inscrivez-le dans un club sportif...

Les parents sont démunis face aux démarches à effectuer avec l’école, l’hôpital, le C.P.A.S....

Nous pourrions leur proposer: « Inscrivez votre enfant dans ce club sportif, il y sera bien... Je vais aller l’inscrire avec vous ».

A un premier niveau, ces parents seraient sans doute d’accord, convaincus que leur enfant a besoin de sport.

A un autre niveau quelque chose les bloque. Et c’est là que nous intervenons. Qu’est-ce qui fait le blocage, les paralyse? Avec eux, tout doucement, nous ouvrons le livre de leur histoire.

Quel a été leur vécu dans le monde des humains que toute démarche devienne difficile, voire impossible?

Nous pourrions dire aussi: « Madame, vous devez obliger vos enfants à aller dormir tous les soirs à 20 H. Ils sont jeunes; ils ont besoin de limites. Vous aurez aussi besoin de temps pour vous ».

Cette maman le sait déjà et elle se méfiera sûrement de ces « bons éducateurs », détenteurs du savoir et des « bonnes » règles de vie.

Le problème est ailleurs. A nous de l’aider à le découvrir.

Que s’est-il passé dans l’histoire de cette femme pour qu’elle éprouve tant de difficultés aujourd’hui à imposer des limites à ses enfants, à se faire respecter en tant que mère, en tant que femme aussi qui a besoin d’un peu de calme, d’un peu de temps pour lire, rêver, flâner...

Et très souvent dans ces problèmes de non-structure, c’est une histoire d’inceste qui se raconte, oubliée ou jamais dite ou jamais entendue.

Enfant non respectée dans son intimité, incapable de mettre des limites face à un abuseur, cette enfant une fois adulte ne peut que montrer inlassablement son histoire « je ne suis pas respectée, je suis incapable d’imposer mes limites » jusqu’à ce que quelqu’un l’entende et décode avec elle ce qu’elle montre jour après jour.

Ecoutée, reconnue en tant que victime, elle pourra soigner ses blessures et reprendre le chemin de la maturation de son être.

Sylvie Legendre, LE CRIC à Tournai

 

 

Educateur dans un centre d'orientation éducative

 

 

Nous nous interrogeons sur notre travail, sur la philosophie qui sous-tend notre pratique. Alors que se généralise un sentiment diffus d’insécurité dans une société en crise, le contrôle des plus démunis prendrait vite le pas sur une aide réelle, moteur de changement.

 

Un centre d’orientation éducative a, le mot le dit, une finalité éducative: orienter les parents dans l’éducation de leurs enfants. Est-ce à dire que notre rôle est d’éduquer les parents? Ou encore de les remplacer en tant qu’éducateurs auprès de leurs enfants?

Nous ne le pensons pas. Nous ne voulons pas imposer nos propres règles, nos manières d’agir, de réagir, de réfléchir mais plutôt guider les gens à la découverte de leurs propres ressources internes et externes.

Témoignage du CRIC de Tournai

 

 

 

 

 

Educateur dans le résidentiel (aide à la jeunesse)

 

 

Présent singulier, passé pas si simple!

 

Quel vécu!

- "Marc, viens vite, on part voir ton papa."

- "J'ai mis mon beau jeans noir et le petit polo que j'ai reçu pour ma Saint-Nicolas. Comme cela, je suis tout beau pour aller le voir en prison. Tu sais, Jacques, je suis content qu'il soit là-bas. Au moins, je suis sûr de pouvoir le voir régulièrement et cela l'empêche de faire d'autres bêtises".

 

Marc est placé depuis deux ans dans l'institution où je travaille. Avant d'arriver chez nous, il était dans une famille d'accueil. Mais la famille d'accueil a foiré... Le couple s'est séparé. Le juge de la jeunesse a donc "réorienté" Marc dans une autre institution d'aide à la jeunesse. Le "home", il connaît, car avant d'être en famille d'accueil, Marc avait déjà été hébergé dans une institution accueillant des petits; il y avait séjourné une dizaine de mois.

Depuis qu'il est arrivé dans l’institution, pas mal de choses se sont déjà passées. Marc a recommencé à rencontrer plus régulièrement son père et la compagne de celui-ci. Il a retrouvé sa maman qui, à présent, vient le voir tous les deux mois. Il est retourné vivre chez son papa et sa compagne, mais là aussi, le couple s'est déchiré et Marc est revenu chez nous. Il est resté longtemps sans revoir son père devenu clochard. Il a de nouveau pu lui rendre visite lorsque celui-ci était en prison. En un an, le papa de Marc est rentré en prison à Jamioulx, en est ressorti, y est retourné, a été transféré à Tournai, est ressorti de prison, a été appréhendé et est à nouveau rentré à Jamioulx.

Marc a un vécu « riche » en événements et il a encore une longue vie devant lui. Aujourd'hui, il n'a que 8 ans.

 

 

 

Educateur dans le résidentiel (aide à la jeunesse)

 

 

L'éducatrice, face aux contacts ou rencontres avec les instances dites supérieures (S.P.J., S.A.J., tribunaux…) se classe en trois catégories:

  La première, la plus catégorique, est celle où l'éducateur s'en fiche: "après tout, ce n'est pas mon boulot et je ne suis pas payé pour ça". Point final.

  La deuxième, la plus stressante, est celle où l'éducatrice voudrait bien… mais n'ose pas, de peur du ridicule, de peur de malfaire, mal dire devant les gens qu'il lui était même, voici peu, interdit de rencontrer. Cet éducatrice-là dépassera peut-être sa crainte si elle se sent soutenue, épaulée et dirigée dans ce domaine qu'elle connaît mal. A elle de se "jeter à l'eau", d'essayer de rester à la surface et elle finira tôt ou tard par savoir nager… plus ou moins bien.

  La troisième, la plus enrichissante sans doute, est celle où l'éducateur, par ses facilités, ses compétences, acquises à gauche et à droite, sa détermination certaine, la disponibilité parfois, s'invite plus facilement à des débats extérieurs. Il y trouve une place, même s'il doit "s'accrocher" aux côtés d'intervenants psycho-sociaux (qui décodent tellement bien et tellement vite les problématiques de certaines familles), ou de responsables pédagogiques ou directeurs d'institution à qui, il faut dire, on donne plus aisément le droit à la parole(parfois l'éducateur est totalement ignoré).

Quoi qu'il en soit, n'oublions pas que l'éducateur, c'est avant tout, la personne proche de l'enfant. C'est celui qui le lave, qui reçoit ses gros chagrins, qui lui apprend les limites, qui lui explique l'absence de son papa aujourd'hui et peut-être demain encore, qui le berce avant de s'endormir, qui partage ses week-ends et ses réveillons avec lui, qui se lève la nuit pour changer ses draps remplis de vomi et qui se surprend à penser à lui en-dehors de ses prestations. Vaste programme, non?

Et pourtant, connaissez-vous une autre dénomination que "petit éducateur (comme on dit)" pour définir quelqu'un qui essaye de mener à bien cette tâche élémentaire mais combien importante, et, enrichissante, aussi?

Christine Kaise, janvier 2000

 

 

 

Educateur dans le résidentiel (aide à la jeunesse)

 

 

Des idées toutes faites...

Avant mon arrivée dans l’institution accueillant des jeunes filles en difficulté, j’avais beaucoup d’appréhensions. J’imaginais toutes ces filles en crise, ce qui, pour moi, impliquait de leur part un comportement chargé de violences physiques et morales vis-à-vis de la société en général.

Dès le premier jour, je me suis rendu compte que mes idées étaient tout à fait fausses. Bien sûr, les filles que j’ai rencontrées sont en crise, mais cela ne les empêche pas d’être très accueillantes. De plus, la structure de l’institution correspondait vraiment à celle d’une maison familiale inspirant un sentiment de sécurité et de liberté.

Dès ce premier jour, je me suis sentie rassurée quant au déroulement futur de mon travail.

 Ariche Fatma

 

 

Educateur dans le résidentiel (aide à la jeunesse)

 

 

Le premier entretien familial

L’unité de vie où je travaille accueille une quinzaine d’enfants âgés de 3 mois à 12 placés pour un séjour plus ou moins court, selon les problématiques.

Dans tous les cas, nous essayons de mobiliser les familles.

Je me souviens de mon tout premier entretien familial.

Je me suis retrouvée, avec un collègue, devant un couple, dont le papa avait les épaules aussi larges qu’un footballeur américain et qui me fixait comme si j’étais le diable...

Quelle ne fut pas mon angoisse lorsque je dus lui réexpliquer les raisons du placement et les différents objectifs de travail qu’ensemble nous fixions.

Quel soulagement lorsque l’entretien se termina. J’étais trempée de la tête aux pieds et j’angoissais déjà pour le prochain entretien!

Avec du recul et de la réflexion, je peux aborder cette phase essentielle du travail d’éducatrice avec beaucoup plus de sûreté et sans crainte.

Il est heureux que j’y sois arrivée car cela me permet d’avoir une vue différente sur les problématiques des enfants et donc de mieux comprendre certains de leurs comportements. Les parents sont de réelles ressources pour notre travail.

Muriel Feron

 

 

Educateur dans le résidentiel (aide à la jeunesse)

 

 

 

 

Retour vers le passé

Éducateurs « d’hier »... peu d’entre eux ont survécu! Pour mieux comprendre, passons une de leur journée en revue, voici vingt ans.

Le matin: saut du lit pour les jeunes. C’est bien d’un saut du lit qu’il s’agit: pas question alors d’être tiré du sommeil par un guili sur la joue ou une chansonnette! Non. Dans le grand dortoir, tous sont éveillés de la même façon: le bruit des tentures qui s’ouvrent brusquement, quelques claquements dans les mains, debout les gars! Trousse de toilette et en route vers les lavabos. On se débrouille et laisse couler, avec l’eau plus ou moins chaude, les restes d’une nuit peut-être fertile en jolis rêves. Plus le temps d’y penser. Retour vers le lit qu’on refait sans y laisser un pli car, attention c’est vérifié avant de descendre déjeuner: moment un peu plus agréable pour l’éducateur qui a ses enfants autour de lui, mais tellement peu puisque le passage régulier d’une personne de statut supérieur vient souvent perturber les échanges. C’est qu’il faut s’assurer que personne ne déconne, ni enfants, ni éduc!

Christine Kaise

 

Educateur dans le résidentiel (aide à la jeunesse)

 

Etre éducatrice au Sacré-Coeur, groupe de la "Maison", c'est accueillir plus ou moins 10 filles en difficulté familiale, le temps de permettre à chacun de retrouver sa place.

Le temps est mis à profit pour effectuer un travail avec la jeune et sa famille en préparation d'un retour.

            Il s'agit donc de vivre avec les filles, leurs humeurs, leurs joies, leurs colères, leurs chagrins, leurs difficultés, leurs bonheurs, leurs malheurs.

Leur assure de l'écoute, de l'attention, une présence rassurante, un appui, mais aussi une motivation pour prendre leur avenir en main.

            Les qualités pour effectuer ce travail sont dès lors beaucoup de patience, de temps à donner, d'énergie à investir, de capacité d'analyse et de travail d'équipe mais aussi des nerfs d'acier et une aptitude à réagir tout de suite à des situations critiques.

Dominique Meurée

Maison du Sacré-Coeur.

 

 

 

Educateur dans un service de prestations éducatives et philanthropiques

 

La tâche de l’éducateur ne se limite pas uniquement à organiser et encadrer la prestation pour un jeune délinquant.

Il doit connaître exactement les rouages de la justice dans le cadre de la mesure 37.2.b afin de pouvoir clairement expliquer au mineur et à sa famille où ils se situent dans l’intervention judiciaire.

Il doit savoir répondre aux nombreuses questions qui interpellent les gens confrontés avec la justice et les informer de manière correcte.

Il doit évidemment parfaitement posséder le dossier dont il a la charge avant de rencontrer le futur prestataire et sa famille.

 

Il doit être capable de mener une discussion avec le jeune quand il le rencontre pour choisir un endroit de prestations, essayer de connaître les raisons de sa délinquance, avoir un aperçu de ses situations familiales et scolaires, découvrir ses centres d’intérêt. Tout en menant cette entrevue, il doit savoir écouter l’adolescent qui a peut-être des choses à raconter et qu’il ne dirait pas face à ses parents.

Témoignage du CHOIX, S.P.E.P. de Namur

 

 

 

Educateur dans un service de prestations éducatives et philanthropiques

 

 

L’éducateur doit être un soutien pour le jeune lorsque ce dernier est sur son lieu de prestation. Il ne doit pas hésiter à prodiguer ses encouragements et à féliciter le prestataire quand celui-ci effectue correctement son travail. Il doit aussi savoir assurer son rôle de contrôleur de la bonne réalisation de la prestation.

Il doit être disponible lorsqu’un problème surgit sur l’endroit de travail du jeune, jouer le conciliateur entre le délinquant et le responsable de l’organisme employeur, et de ce fait être l’élément moteur qui assure de bonnes relations avec le réseau associatif qui l’utilise (province, communes, hôpitaux, A.S.B.L.).

L’éducateur doit être en mesure d’évaluer une situation et proposer des solutions ou envisager des relais lorsque la prise en charge le nécessite.

 

L’éducateur doit savoir rédiger. Il ne doit pas oublier que les rapports sont susceptibles d’être lus par un bon nombre d’intervenants sociaux.

 

Toutes ces tâches ne sauraient être menées à bien si l’éducateur ne s’obligeait pas à faire part de son travail aux autres membres de l’équipe lors de réunions hebdomadaires, s’il n’échangeait pas sur sa pratique professionnelle avec des travailleurs sociaux d’équipes analogues et/ou ne faisait pas appel parfois à des séances de supervision.

Témoignage du CHOIX, S.P.E.P. de Namur

 

 

 

 

Services de proximité

 

L’expérience d’un groupe de redynamisation psycho-sociale de la cellule insertion socio-professionnelle du C.P.A.S. de Verviers.

 

Le premier groupe de redynamisation a commencé en février 93 et depuis lors 8 groupes d’une dizaine de jeunes adultes se sont succédé. Les formations se donnent sur une durée de deux mois à raison de 6 à 8 heures en groupe par semaine et d’une heure d’entretien individuel une fois toutes les deux semaines.

 

Le public cible est la population des jeunes de 18 à 25-30 ans aidés par le C.P.A.S., n’étant dans aucune formation, sans qualification, ne sachant pas comment s’en sortre, mais qui en ont marre de cette situation et qui veulent que cela change.

 

Les objectifs fixés sont que les jeunes développent  au cours de cette formation:

   une meilleure connaissance de leurs capacités et attentes socio-professionnelles;

   le respect des contraintes (arriver à l’heure), un certain goût de l’effort et du travail bien fait;

   une meilleure estime d’eux-mêmes, une analyse plus objective d’eux-mêmes;

   leurs compétences en français et en calcul, une plus grande maîtrise de l’expression verbale;

   une meilleure connaissance du monde qui les entoure, de leurs droits et devoirs de citoyen;

   un projet d’insertion par des activités, une formation, un travail.

 

Les méthodes employées sont:

   l’emploi constant de la dynamique de groupe, l’emploi des jeux de rôles;

   l’utilisation de pédagogies actives (induction, pédagogie du projet...);

   l’appel à des personnes ressources en fonction des demandes exprimées;

   le travail par objectifs négociés et individualisés au cours de la formation;

   le respect des rythmes et des demandes individuelles;

   la mise sur pied d’entretiens et de séances de travail individuels;

   le développement continu et formatif de l’évaluation en groupe et individuelle;

   la signature d’un contrat les engageant dans un cadre précis.

 

Il est à noter qu’après la formation, nous continuons à suivre très régulièrement les jeunes entretiens individuels afin qu’ils puissent dans un avenir plus ou moins proche atteindre des objectifs importants sur le chemin de l’insertion socio-professionnelle.

                                               par Sylvie Souci, éducatrice sociale,

                                               et Patrick Duvivier, psychopédagogue.

 

 

Travail de rue.

Médiateur de quartier: un travail de rue, de proximité.

Rôle:

   tisser des liens entre les personnes, les associations, les groupes divers;

   utiliser les services existants pour créer une trame de solidarité au sein du quartier;

   rendre aux habitants leur pouvoir de décision et d’intervention dans la rue, leur redonner le goût de la participation;

   résoudre les conflits de voisinage, (intergénérationnels et culturels) par la médiation.

Moyens:

le travail dans la rue et  une permanence d’écoute et d’accompagnement.

La permanence nous permet de laisser aux personnes qui le désirent la possibilité de nous joindre, de nous rencontrer.

Notre présence sur le terrain est notre plus grande force. C’est en fréquentant les lieux de vie des habitants du quartier qu’on peut le plus naturellement établir des contacts, créer des liens.

Les besoins des habitants se dégagent peu à peu, au fur et à mesure des rencontres et des discussions.

Des réunions sont également organisées sur des thèmes comme la sécurité, la convivialité, l’environnement. Elles permettent aux personnes d’exprimer leurs sentiments et de dégager leurs besoins.

L’idée d’un travail communautaire de quartier peut alors émerger afin de répondre à ces besoins et de dégager des solutions personnelles et personnellement réalisables.

Chantal Magnée, Médiatrice de quartier.

Service de prévention, Verviers.

 

Services de proximité

 

Médiateur de quartier: un travail de rue, de proximité (suite).

Le travail de rue est un mélange de tournées et d’arrêts à des points précis, parfois cruciaux ou problématiques, parfois riches de convivialité et de rencontres. Nous sommes directement en prise avec les problèmes et tensions du quartier.

Le travail de rue nous permet également de suivre une problématique familiale « sur le terrain », d’être disponible pour les personnes déstructurées, qui n’ont plus que le pavé comme lieu de vie et d’expression.

Plusieurs suivis individuels peuvent ainsi être menés.

La médiation:

nourrie par les contacts établis au cours du travail de rue, elle est un outil indispensable à la résolution des conflits.

Si les personnes nous abordent spontanément dans la rue pour nous livrer leurs inquiétudes ou leur colère face à un voisin, un parent..., elles ne le font pas toujours dans l’esprit d’une médiation, celle-ci étant encore mal connue, c’est à nous de les y amener.

Chantal Magnée, Médiatrice de quartier.

Service de prévention, Verviers.

 

 

  

Educateurs en prison

 

Engagés dans le cadre d'un expérience pilote dans le monde carcéral, notre travail d'éducateur devait rencontrer des objectifs précis définis par la direction de la prison d'Andenne.

Pour comprendre le travail entrepris, il est utile de préciser la notion d'activité encadrée: de 19h à 20h45, du lundi au vendredi, tous les détenus bénéficient d'activités libres dans leur aile respective, sauf dans une aile qualifiée de "protégée" par rapport à sa population. Afin d'éviter des problèmes de violence, racket et autres, les détenus de cette section ne quittent leur cellule que pour participer à des activités encadrées par les éducateurs ou des personnes extérieures à la prison dans le cadre d'activités spécifiques.

 

L'objet de ce travail est double:

Chacun des 33 détenus de cette aile doit participer à trois activités encadrées par semaine sans que cela n'entraîne un surcroît de travail aux agents de surveillance.

Les activités proposées doivent, dans la mesure du possible, être porteuses d'éléments positifs dans une perspective de réinsertion sociale et économique.

Les activités proposées sont de type sportif et socio-culturel:

Body, streching, mini-foot, tennis de table, échecs, lettres, culture, dessin, aquarelle, musique, poterie, théâtre, forums de discussion, lecture vivante et écriture, cuisine, jeux de société, cartes.

Nous avons intégré ces activités dans des journées complètes.

Autre mission importante:

En parallèle aux structures existantes de cours d'alphabétisation et de remise à niveau, nous soutenons les détenus qui suivent des cours par correspondance, quel que soit le niveau de leurs études.

Polet Jean Luc et Evrard Pierre, éducateurs à la prison d'Andenne, janvier 2000

 

 

Educateur en prison

 

J'avais une idée préconçue de l'univers carcéral, oscillant entre films de série B et témoignages d'ex-détenus lors de débats médiatiques. J'étais loin d'imaginer ce que j'allais vivre en ce début de mois de septembre 1999.

 

J'appréhendais le contact avec "les matons" qui comme de bien entendu ne pourraient jamais comprendre des motivations sociales. Je dois reconnaître que la réalité est toute autre.

 

Les surveillants font un métier difficile dans des conditions difficiles. La société ne peut se passer de leurs services, mais ne marque aucune considération pour des hommes qui vivent au quotidien toutes les misères de nos sociétés industrialisées post-modernes. Ce n'est pas une pièce de métal en usine qu'ils travaillent, c'est de la gestion du lieu de vie des détenus dont il est question.

 

Du côté des détenus, on est loin de l'image d'Epinal. On retrouverait deux types d'individus en prison: la brute épaisse dans sa cage et la victime d'une erreur judiciaire. Dieu, merci, notre réalité est formidablement plus complexe que nos rassurants préjugés. Il nous permettent de ne pas affronter l'ambiguïté de ce monde.

 

On est emporté par un tourbillon de nationalités, d'âges, de confessions et de classes sociales différentes. Un mélange des styles qui ne jurerait pas avec la tour de Babel, où chaque détenu se retrouve pourtant confronté à lui-même, ce qui n'est pas toujours agréable et facile à vivre.

 

Ce qui surprend, c'est le contraste entre la pauvreté du lieu et son extraordinaire richesse humaine. C'est un lieu de vie, un rythme et une organisation précise. Ses impératifs sécuritaires et domestiques. Ses échéances entre commissions et libérations. Ses échéances entre commissions et libérations. Ses moments de joie et de peines entre visites et condamnations. La prison nous renvoie vers nous-mêmes et le questionnement existentiel.

 

Si tout le monde s'accorde sur la nécessité d'un système carcéral, le défi de ses éducateurs est de lui donner un sens. Loin de tout jugement et dans le respect des valeurs de l'autre. Pouvoir accompagner l'individu pris dans la tourmente à la rencontre de notre dignité d'être humain respectifs. Jongler entre les contraintes sécuritaires et la détresse des individus.

 

Confronté à une structure forte, un des enjeux de l'éducateur est de pouvoir institutionnaliser son action au sein de l'établissement pénitentiaire. Pouvoir exploiter au maximum l'espace et le temps restant, sachant que les éducateurs n'existaient pas encore dans la prison lors de sa conception structurelle.

 

Sur un plan plus philosophique, il n'est pas nécessaire d'être enfermé pour être en prison. Nous connaissons tous des personnes prisonnières de leur vie, ayant perdu tout pouvoir de décision. Aussi, il arrive qu'on puisse, en prison, rencontrer des hommes libres.

Kassim Benmouna, éducateur à la prison de Lantin, janvier 2000

 

 

Educatrice en prison

 

 

Depuis juillet 1999, les éducateurs ont investi le milieu carcéral. Pas tout le milieu carcéral; certaines prisons seulement: Lantin, l'établissement de défense sociale de Paifve, Mons, Andenne et Namur.

Notre travail est très diversifié et correspond à la demande de chaque établissement.

Tout était à faire et reste à faire: cela nous laisse certainement une large marge de manœuvre, mais cela nous impose aussi de faire preuve de créativité dans une institution très "lourde", très hiérarchisée.

Le milieu est fermé au propre comme au figuré. Les moyens d'intervention éducative sont restreints et dépendent souvent de la prison dans laquelle on se trouve, et si "l'extérieur" et "l'intérieur" rentrent de plus en plus en relation, il reste que chacun devrait se sentir un tant soit peu responsable de ces "autres différents" car sans cela, il est inutile de vouloir changer quoi que ce soit.

C'est aussi une forme de citoyenneté: chaque détenu reste un citoyen à part entière et nécessite aide, soin et considération comme tout autre.

L'arrivée des éducateurs en prison constitue cependant, pour moi, un progrès important dans l'intérêt porté à ceux que l'on voudrait trop souvent oublier pour de multiples raisons.

Agnès Lambert, éducatrice à la prison de Namur.

 

 

 

Santé mentale

 

« Je me suis toujours demandé pourquoi l’on disait de certains (au masculin ou au féminin): « Ah, celui-là, c’est un éducateur! Un vrai! » Pourquoi devient-on, pourquoi est-on éducateur? Peut-être en souvenir des soeurs de la charité qui influencent toujours l’image que l’on a de notre métier, parce que l’on veut faire de l’amour un métier. Vénal un peu, mais moral, surtout si l’on s’en défend. Pourtant qui ose encore croire à l’altruisme pur? Il est plutôt question de se construire en construisant, ou plus souvent en reconstruisant, l’autre.

Et pour ce faire, il faut se servir de soi comme d’un repère, un repère amical certes, mais aussi solide, stable, éduquant, structurant. Il faut accepter, et toute la richesse est ici, pour soi comme pour l’autre, de jouer souvent un rôle bien différent de celui qu’on joue en privé particulièrement je crois, lorsque l’on s’adresse à une population toxico-dépendante où il est question d’aimer sans doute, mais aussi d’assumer de ne pas toujours l’être d’emblée. Pour que la relation s’apaise, n’est-il pas nécessaire que les premiers orages, c’est-à-dire, les premières confrontations à des repères qui tiennent - et nous sommes ces repères - soient passés?

De grands dangers guettent l’enthousiasme du jeune éducateur qui voudrait se spécialiser dans le domaine de la toxicomanie. J’en vois deux qui me paraissent prépondérants et devoir être abordés avec prudence.

D’abord, soutenir le choix de l’autre, ce n’est pas répondre à son premier désir. Ensuite, soutenir le choix de l’autre, c’est d’abord LE CONNAITRE et donc, particulièrement dans le cas qui nous occupe, comprendre qu’il n’est pas toujours, pas seulement, celui qui est dit ou affiché ».

Armand Herbeto

Les Hautes Fagnes, centre de post-cure pour toxicomanes.

 

 

 

Santé mentale

 

« Travailler en psychiatrie infantile est difficile mais très intéressant. Si le travail est lent et se fait le plus souvent sur base d’hypothèses, les échanges en équipe pluridisciplinaire qui permettent de construire ces hypothèses sont particulièrement enrichissants.

La prise en charge des enfants est lourde: les activités sont organisées du lever jusqu’au coucher et la présence des éducateurs est constante. Les effets de cette organisation structurante se voient d’abord dans l’apaisement des enfants: ils reprennent un rythme de veille et de sommeil normal, n’ont plus besoin de médicaments pour s’endormir et montrent moins d’angoisse. C’est un travail exigeant et je me dis parfois qu’il y a un sur-investissement professionnel ».

Ch. S., psychiatrie infantile

 

Santé mentale

 

« Mon projet est de m’investir au maximum dans un rôle thérapeutique et ce par ma spécificité d’éducatrice.

Une spécificité qui s’affirme dans ma manière d’être:

   par la prise en charge de la patiente, une vue à tous les niveaux;

   par l’accompagnement, la disponibilité, l’écoute de chacun;

   par le fait d’être attentive au « non-dit », le fait d’être à l’écoute de ce que le comportement peut traduire;

   en rééduquant à faire des gestes simples, en sécurisant devant la panique.

Mais encore dans ce que j’appellerai la « spécificité » de l’éducatrice qui est:

   de réactiver le fait que les gens fassent des projets pour eux-mêmes;

   de faire des liens avec l’extérieur;

   de rappeler l’après;

   d’aborder des discussions sur la vie de groupe à l’intérieur pour sortie du groupe en parlant d’avant, de lieu passé;

   de susciter des questions sur l’après: leurs projets, leurs craintes, leurs angoisses, leur peur d’habiter seul, de quitter l’hôpital après... »

AD

 

Santé mentale

 

« ... Dans le travail de l’éducateur, la gestion de la distance affective est un aspect particulièrement important... on doit se « méfier » des gens qu’on aime bien parce que lorsque l’on est trop empathique, si dans un premier temps on leur fait du bien, dans un deuxième temps on va induire, sans s’en rendre compte, de nouveaux dysfonctionnements chez eux... »

(Extrait de l’intervention de A. Herbeto - Chef éducateur au centre Les Hautes Fagnes).

 

 

   

 

 

 

 

Clowns en hôpital.

 

Nous sommes clowns en milieu hospitalier:

   Tout en douceur, nous essayons d’ouvrir la parenthèse pour dessiner un sourire-couleur sur le visage de l’enfant malade.

   Nous provoquons la rencontre et invitons l’enfant à faire ses bagages pour voyager dans un monde imaginaire où l’on partage des états d’âmes dans un lieu fait de connivences.

   Nous tentons de détendre l’atmosphère en tricotant une ambiance. Quand le clown rejoint l’enfant dans un monde fait d’émerveillements, ces mots magiques peuvent permettre d’oublier le quotidien, de dédramatiser. Le clown enclenche l’interrupteur qui illumine le visage de l’enfant.

   C’est l’enfant qui donne vie au clown. Il en fait « un personnage ». L’enfant fait naître le clown et peut le faire disparaître d’un coup de baguette magique.

   Nous sommes souffleurs de bulles de doux-mots-chauds qui éclatent et parlent au coeur et au corps de l’enfant malade.

   Nous tentons de transformer la parenthèse et faisons naître le sourire sur le visage de l’enfant malade.

Texte de présentation des « Zakouskis », projet d’étudiants en Vie Associative du C.E.S.A. de Roux